Pays Rochefortais - Fort Boyard Introduction Voix-off : Le vaisseau de pierre, le château fort de la mer… les expressions ne manquent pas pour évoquer Fort Boyard, cet ouvrage unique au monde, surgit des eaux par la volonté des hommes. La télévision l’a aujourd’hui popularisé, mais elle ne nous raconte pas forcément son incroyable histoire, qui commence… à l’époque de Louis quatorze. Chapitre 1 – la pièce manquante Voix féminine (Marine) : L’idée peut paraître complètement folle : construire en pleine mer un fort sur un simple banc de sable… Voix masculine (Pierre) : Tout commence quand Louis quatorze demande à Colbert de lui construire « le plus grand et le plus bel arsenal de son royaume ». Cinq ans plus tard, l’arsenal de Rochefort est créé. Du coup un important programme de défense est mis en place sur le littoral charentais. Mais il reste un point faible : au large de l’estuaire de la Charente, entre l’île d’Aix et Oléron, un passage reste hors de portée des canons. Et les navires ennemis peuvent y évoluer en toute tranquillité. Voix féminine (Marine) : Je vois : un fort en pleine mer permettrait donc de sécuriser la zone… Voix masculine (Pierre) : Exactement. Des travaux de repérage sont alors confiés au fameux architecte militaire Vauban. Voix-off : Il adresse alors au Roi une réponse qui est restée célèbre : « Sire, il serait plus facile de saisir la lune avec les dents que de tenter en cet endroit pareille besogne ». Voix masculine (Pierre) : Le maître Vauban a parlé, et faute d’argent, le projet va rester aux oubliettes pendant deux siècles. On se contentera de renforcer les défenses terrestres, ou de mettre en place des chaloupes-canonnières, ancrées au milieu de la rade. Et c’est finalement Napoléon Bonaparte, devenu empereur, qui relance le projet au tout début du dix-neuvième siècle. Chapitre 2 – une construction émaillée de difficultés Voix féminine (Marine) : Quand on regarde le fort, on a vraiment l’impression qu’il a surgi des eaux. La construction n’a pas du être facile… Voix-off : Ce fut même un véritable défi humain, une aventure qui s’étale sur trente années, dont vingt pour les seules fondations… Voix masculine (Pierre) : Imaginez que le premier projet prévoit le versement de quatre-vingt dix mille tonnes de pierre, uniquement pour les assises du fort. En 1805, cinq cent ouvriers travaillent en permanence sur le chantier. Mais l’entreprise est difficile : entre les tempêtes, qui ruinent les murs inachevés, les chavirages d’embarcation, qui transportent les pierres, et les attaques anglaises, qui ne voient pas d’un bon œil la construction du fort, les travaux ont bien du mal à avancer. Voix-off : Napoléon n’en verra pas l’achèvement, même quand il quittera l’Ile d’Aix pour l’exil. Avec l’affaire des brûlots qui voit la déroute de la flotte française dans l’estuaire de la Charente, les Anglais marquent pour de bon leur domination maritime, et le gouvernement français décide de la suspension des travaux. Nous sommes en 1809. Voix féminine (Marine) : Et les travaux ne reprendront qu’en 1840 ? Voix masculine (Pierre) : 1841 pour être précis. Et sept ans plus tard, les assises sont enfin prêtes : elles font comme prévu deux mètres de haut. La construction du fort proprement dit va pouvoir démarrer. Mais il faudra encore dix années pour qu’existe Fort Boyard. En 1866, il est enfin là, avec ses soixante-huit mètres de long, trente et un de large, ses trois étages, pour une hauteur de vingt mètres. Il aura coûté l’équivalent actuel de plus de deux cent millions d’euros. Il est la fierté de l’époque, à tel point qu’une maquette est présentée à l’exposition universelle de 1867. Chapitre 3 – carnet de bord d’un vaisseau de pierre Voix féminine (Marine) : Cette fois l’estuaire de la Charente et la Rade de l’île d’Aix sont donc totalement défendus ! Voix masculine (Pierre) : Ironie de l’histoire, la France n’est alors plus en guerre avec personne ! Et puis la portée des canons a augmenté : sur un plan militaire, le fort est totalement dépassé ; il devient en 1870 une prison d’état, qui accueille les prisonniers prussiens, puis les détenus condamnés après la Commune, entre autres un célèbre journaliste de l’époque, Henri Rochefort. Voix-off : amusé Qui est l’auteur d’une fameuse boutade : « La France est peuplée de 36 millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentement ». Voix masculine (Pierre) : Oui… Enfin par la suite, le fort sera occupé un temps par la marine nationale, pour finir par être désarmé en 1910, puis laissé à l’abandon. Sous l’action des éléments, sans entretien, il se dégrade très vite. Voix-off : Et oui, Fort Boyard n’intéresse alors plus personne, ou presque. En 1961 il est mis aux enchères pour 7500 francs de l’époque, rendez-vous compte ! Seuls deux acquéreurs se présentent : une association qui a levé des fonds pour sauver le fort, et un particulier, dentiste de son état, qui finit par emporter la vente. Il n’aura semble-t-il ni les moyens ni le temps d’entretenir sa nouvelle propriété. Voix féminine (Marine) : Le cinéma va utiliser le lieu à plusieurs reprises : entre autres Robert Enrico, qui fait mourir Alain Delon en haut des murailles du fort dans son film Les Aventuriers. Mais c’est finalement la télévision qui va sauver Fort Boyard. En 1989, Jacques Antoine, créateur de jeux télévisés comme La chasse au Trésor, rachète le fort à son propriétaire, pour le céder au conseil général de la Charente Maritime, qui s’engage à y réaliser les travaux de restauration. S’y installe alors la célèbre émission Fort Boyard, qui est aujourd’hui largement diffusée à l’étranger. Voix-off : Voilà en tout cas une belle opération pour le département : les retombées médiatiques sont immenses, mais plus important encore, le fabuleux vaisseau de pierre est à présent sauvé. Et au final, on s’aperçoit que Vauban n’avait pas tort : les hommes sont allés un peu plus vite pour décrocher la Lune…